Escapade piémontaise pour Tsampéhro – Part. 2

Après une bonne nuit de repos à Gattinara, nous prenons la direction de Monferrato et de ses terroirs calcaires. Toujours à la recherche du Graal en matière de vin effervescent, nous commençons par visiter l’exploitation de la famille Cane. Guidé par l’esprit et l’expérience transmise par leur paternel, Marco et Alberto Cane proposent, en effet, une superbe sélection de vins travaillés selon les principes de la méthode traditionnelle.

Alors que l’on se trouve en terrain conquis par le cépage Muscat (pour l’élaboration des fameux « Moscati »), ce sont les variétés propres à la Champagne qui sont mises en avant par le duo: plusieurs cuvées de Pinot Noir et Chardonnay se distinguant par des choix d’assemblages et de dosages très différents (cuvées classique, rosé, blanc de blancs, extra brut, ainsi qu’une cuvée originale sans SO2). La force du domaine réside dans la maitrise complète de la chaine d’élaboration, de la vigne au dégorgeage, et dans une approche originale et haut-de-gamme, se départissant des standards d’une région orientée vers la production de masse. Un bel exemple à suivre pour notre cuvée Extra-Brut !

Après la dégustation, c’est au tour du gel de printemps de s’inviter dans la conversation (nettement ressenti dans la région à l’instar du canton du Valais), pour passer ensuite au fléau de la flavescence dorée sévissant déjà sur le Chardonnay…

Peu après, nous poursuivons notre périple en nous rendant au cœur d’un véritable « écrin viticole » au beau milieu d’une réserve protégée par le WWF. La famille Scaglione produit au «Forteto della Luja» plusieurs nectars réputés à partir de raisins de Muscat passerillés. Nous goutons bien sûr au fameux vin doux « Piasa Rischei » produit en DOC «Loazzolo» : un liquoreux vinifié et élevé pendant deux ans en barriques et offrant un bouquet de pêche, d’abricot et de vanille aux charmes plutôt oxydatifs, une belle découverte ! Puis, on passe sans transition à notre premier Barbera (cuvée «Mon Ross»), puis à un second, «Le Grive», mais assemblé celui-ci à du Pinot Noir… Nous restons marqué par la beauté majestueuse et le calme d’un lieu, où de nombreuses variétés d’orchidées poussent naturellement…

Difficile départ de l’ « oasis » pour une première immersion sur les terres du Nebbiolo, en débutant l’exploration par un déjeuner au cœur même du village de Barbaresco, fief de la Cave coopérative éponyme et de la maison Gaja. Une belle portion de Tajarin à la Trattoria Antica Torre (pâtes très fines aux œufs frais comptant parmi les recettes les plus célèbres du Piémont)  nous remet suffisamment d’aplomb pour rejoindre Luca Cravanzola, officiant à la dite cave coopérative, et suivant en cela les traces de son grand père fondateur.

Très loin du cliché de la production de masse, la coopérative s’est fixée de hautes exigences dans la production de ses vins. Il s’agit à 100% de Nebbiolo sans encavage d’aucun autre cépage et chaque coopérateur s’engage à livrer le 100% de sa propre production de Nebbiolo. En contrepartie, la cinquantaine de vignerons partenaires sont rémunéré selon un judicieux barème de bonus-malus basé sur les propriétés œnologiques du raisin, mais aussi associé aux résultats financiers de la cave. Cette dernière produit ainsi l’équivalent de 500’000 cols, représentant près de 12 % du volume total de Barbaresco produit Dans la région, et par le biais d’un impressionnant outil de travail alliant modernité, espace et technologie.

A la dégustation, les vins des différents terroirs de Barbaresco produits par la maison offrent tous une tenue remarquable et une signature précise (Pora, Pajé, Montestefano).

Pour terminer en beauté cette deuxième journée, nous abordons enfin les terroirs du Barolo avec la visite d’un des plus fameux domaines de l’appellation, à savoir la maison Giacomo Conterno . La famille Conterno jouit d’une réputation incontestée et son histoire est emblématique du développement du Barolo.

Il y a plus d’un siècle déjà, en 1912, la famille mettait en vente ses premiers crus de Riserva. En 1961, Giovanni et Aldo Conterno reprirent l’exploitation de leur père Giacomo, pour se séparer ensuite en raison de leurs divergences sur l’âme originelle du Barolo. Aldo Conterno fonda son propre domaine et Giovanni maintint la ligne « conservatrice » du domaine. En 1976, il réalise un coup de maître en acquérant « Cascina Francia » avec 14 hectares de Nebbiolo et de Barbera. Après son décès en 2004, c’est son plus jeune fils, Roberto, qui prit sa succession…et qui nous reçoit personnellement pour une dégustation sur foudre de quelques-unes de ses meilleures cuvées.

Nous touchons vite au sublime avec sa cuvée Monfortino: un vin monumental et une véritable icône parmi les vins italiens. Il n’est produit que dans les années exceptionnelles et n’est vendu qu’après sept ans au moins d’élevage…grandes émotions ! Pour se remettre…et clôturer cette deuxième journée piémontaise, nous rejoignons la Ciau del Tornavento: un bel édifice des années 1930, où la salle du restaurant s’ouvre comme une scène de théâtre sur un paysage de collines à couper le souffle.

La cuisine de Maurillo, distinguée par une étoile au guide Michelin, et un vrai feu d’artifices de saveurs régionales. Et pour parfaire le tableau, sa cave à vin est impressionnante et propose, sans fausse pudeur, les plus grandes appellations du monde. Nous ne manquons de la visiter et d’y prendre notre apéritif, et nous lançons le défi de convaincre le chef que notre Clos de Tsampéhro devrait pouvoir y trouver une petite place…Ainsi fut fait, et pour ceux qui visiteront ce remarquable établissement à l’avenir, sachez que quelques flacons des vins du Clos de Tsampéhro sont délicatement alignés quelques part derrière les collections de DRC et les vieux millésimes d’Yquem !